nibiru : ce texte date de 2008, ont en parlaient déja il a bien plus longtemps que cela…

Sur Internet, des sites et des vidéos étonnamment populaires annoncent que la planète Nibiru s’approcherait dangereusement de la Terre en 2012 et déclencherait de gigantesques cataclysmes. Est-ce possible? Et, d’abord, la planète Nibiru pourrait-elle exister? En explorant Internet, on ne manque pas d’être frappé par l’extrême rareté des informations sérieuses concernant les catastrophes censées survenir en l’an 2012 (en français, elles sont pour ainsi dire inexistantes). Aussi, j’ai eu l’idée d’examiner les fondements scientifiques de quelques-unes de ces prophéties de malheur qui annoncent la fin du monde.

Je sais pertinemment que la date du 21 décembre 2012 provient d’une interprétation du calendrier maya, mais d’autres théories se sont greffées à ce phénomène, le but de l’amalgame étant probablement d’apporter un peu plus de poids aux catastrophes annoncées. Après tout, ne dit-on pas que l’union fait la force?

Pour vous aider à mesurer l’extraordinaire confusion dans les idées relatives à l’an 2012, vous pouvez regarder une émission de Denis Lévesque diffusée en février dernier: vidéo 1 et vidéo 2 (vous noterez la piètre prestation du «vulgarisateur scientifique» qui tente de soutenir la perspective conspirationniste ).

Nibiru chez les Sumériens

Mais commençons par le commencement. Qu’est-ce que Nibiru? Le mot lui-même provient d’anciens textes sumériens. D’après Michael Heiser, expert de la bible hébraïque et des anciens langages sémitiques, les textes sumériens définissent Nibiru comme une étoile (ou une déité, ce qui revient au même pour les Sumériens) et s’y réfèrent parfois comme à la planète Jupiter (ou même à Mercure en une occasion).

À l’origine de cette interprétation catastrophiste de Nibiru se trouvent des gens tels que Zecharia Sitchin, un pseudo-historien qui a publié une théorie excentrique à partir de 1976, dans un premier livre intitulé «La douzième planète». En disant se baser sur d’anciens documents sumériens, Sitchin annonce que le système solaire comporterait une dixième planète (en réalité, on devrait plutôt parler d’une neuvième planète depuis que Pluton a été rétrogradé au rang de planète naine en 2006; la lune et le soleil étaient comptés comme des planètes par les Sumériens) et que cette planète inconnue serait habitée par une race d’extraterrestres évolués, les Anunnakis.

Mais comment les Sumériens auraient-ils pu obtenir ces connaissances? Simple, affirme Sitchin, les Anunnakis sont descendus sur Terre pour instruire les humains. Mais Sitchin nous réserve d’autres surprises, car il affirme que ces Anunnakis auraient même créé la race humaine en laboratoire, et ceci dans un but précis: nous utiliser comme esclaves pour extraire l’or des mines terrestres, un métal qui servirait à «réparer» l’atmosphère défaillante de Nibiru (!). (Cette hypothétique création de la race humaine par des extraterrestres ne vous rappelle rien? Il semble effectivement que l’individu avec un chignon et un habit de cosmonaute se soit grandement inspiré des élucubrations de Sitchin pour bâtir sa secte.)

Tout ceci est pour le moins extraordinaire, surtout provenant d’un diplômé en histoire de l’économie (source). Il serait certainement plus intéressant et pertinent d’avoir l’avis de vrais spécialistes des langues anciennes. Heureusement pour nous, Michael Heiser a étudié en détail les documents sur lesquels Zecharia Sitchin base son invraisemblable théorie. Notons d’abord que pour justifier l’existence d’une planète supplémentaire, Sitchin s’appuie principalement sur son interprétation, tout à fait personnelle, de la tablette d’argile numérotée VA 243 (ci-dessous).

Sur la gauche, entre la tête des deux premiers personnages, figure l’origine des spéculations de Zecharia Sitchin. On peut y observer une étoile à six branches entourée de onze points. Sitchin y voit plutôt un soleil central et onze planètes. Pourtant, Michael Heiser note que les inscriptions cunéiformes (encadrées à gauche et à droite) de la tablette VA 243 ne font aucunement référence à des planètes ou même à l’astronomie en général.

Pis encore, le symbole central – l’étoile à six pointes – est la représentation que les Sumériens utilisaient toujours pour illustrer une étoile (il existe également une variante à huit pointes), et les onze cercles qui entourent cette étoile seraient tout simplement d’autres étoiles moins brillantes. Les Sumériens représentaient le soleil par une étoile à quatre pointes agrémentée de quatre ensembles de trois lignes courbes, le tout entouré d’un cercle. Ce symbole est bien connu et se retrouve – toujours sous la même forme – dans des centaines d’illustrations sumériennes.

Pour résumer: là où il n’y a qu’un simple amas de douze étoiles, Sitchin imagine une illustration du système solaire et base une nouvelle théorie, incluant une histoire alternative de l’humanité, sur cette simple méprise. Cela est d’autant plus étonnant, souligne Heiser, que tous les textes sumériens précisent clairement qu’il n’existe que cinq autres planètes (en ne comptant pas la lune, le soleil et notre bonne vieille Terre).

Concernant les Anunnakis, Heiser enfonce un peu plus le clou en remarquant que les textes sumériens ne dressent jamais de lien entre ces «dieux extraterrestres» et l’hypothétique «douzième planète» imaginée par Sitchin. En outre, aucun document ne suggère même que les Sumériens croyaient que Nibiru pouvait être habitée.

À travers sa relecture bien personnelle de l’histoire, Zecharia Sitchin proclame que Nibiru décrirait une orbite très elliptique autour du soleil et qu’elle se rapprocherait de la Terre tous les 3600 ans. Heiser n’a bien entendu rien trouvé de tel dans les textes antiques et, malheureusement pour Sitchin et les autres prophètes de malheur, une période aussi longue signifierait que cette planète se trouverait dans des conditions très peu propices à l’apparition de la vie.

Une planète X invisible…

La théorie des «anciens astronautes» de Sitchin repose donc à la base sur une fausse interprétation d’une tablette d’argile sumérienne. À l’époque où nous disposons d’instruments astronomiques sophistiqués, l’existence d’une nouvelle planète s’avérerait toutefois beaucoup plus convaincante si on pouvait l’observer directement ou au moins mesurer ses effets gravitationnels.

Or, si la planète Nibiru existait et qu’elle devait nous frôler en 2012, on aurait pu l’observer depuis longtemps. Et ce n’est évidemment pas le cas. Sur son site BadAstronomy.com, Phil Plait explique qu’une éventuelle planète X massive ne passerait certainement pas inaperçue; bien que les chiffres varient, Nibiru est présentée comme une planète qui aurait plusieurs fois la masse de la Terre:

«Si la planète X devait être ici dans moins d’une décennie, elle ne pourrait être éloignée de plus d’un milliard de kilomètres environ. Même à cette distance, ce serait l’un des objets les plus brillants du ciel. Et même si elle était trop peu lumineuse pour être observée à l’oeil nu, elle pourrait toujours être visible en étant à des milliards de kilomètres. Souvenez-vous que la petite planète Pluton est à 5 milliards de kilomètres et qu’elle peut être aisément être détectée avec un équipement moderne. Et Pluton est beaucoup plus petite que ce qu’on nous dit de la planète X. Il est tout simplement impossible qu’une grosse planète si proche de la Terre ait pu échapper à la détection des astronomes – même celle des astronomes amateurs […] qui n’ont aucune raison de mentir – pendant toutes ces décennies.»

Comment réagissent les prophètes de malheur face à cette absence d’observation de Nibiru? Il y a plusieurs réactions d’après les photos et les vidéos qu’on peut voir sur Internet. Pour certains, Nibiru a déjà été photographiée mais, en guise de preuves, on montre des photos du soleil avec des réflexions internes dans les lentilles («lens flares») ou d’autres effets d’optiques. D’autres, plus audacieux, montrent des photos de la Nasa qui présentent des phénomènes très lointains et totalement étrangers au système solaire, par exemple des nébuleuses planétaires, en espérant que leur supercherie ne soit pas dévoilée. Voir, par exemple, l’explication de célèbres «photos de Nibiru» diffusées par la Nasa (en anglais, lire Nibiru Pictures by NASA).

Un autre argument, plus logique à première vue, veut que Nibiru soit indécelable dans le spectre visible mais qu’elle pourrait être observée dans l’infrarouge (on avance même la thèse qu’il s’agirait d’une naine brune, qui ne manquerait pas d’être détectée par ses effets gravitationnels). Des prophètes de malheur, tels que Mark Hazlewood (photo ci-contre; remarquez son regard chaleureux), affirment que Nibiru a ainsi été détectée par la Nasa en 1983.

Que s’est-il donc produit en 1983? Lors d’une conférence de presse à Washington, des scientifiques annonçaient la publication d’une recherche qui, grâce au satellite IRAS, avait identifié quatre sources infrarouges indétectables dans le spectre visible. Pourrait-il s’agir d’une planète inconnue? À l’époque, raconte Tom Chester, qui travaillait sur ce projet d’IRAS, les astrophysiciens évoquaient plusieurs possibilités: des galaxies qui rayonnent plus dans l’infrarouge que dans le visible, objets du système solaire, naines brunes un peu au-delà du système solaire ou quelque chose d’autre.

Ces scientifiques ne connaissaient donc pas la nature de ces sources infrarouges, qui ont été décrites comme des «objets mystérieux» par les articles de journaux. Les prophètes de Nibiru citent encore ce fait, comme s’il venait supporter l’existence de cette planète X, mais ils omettent de fournir la suite de l’histoire. En 1987, un article (Soifer 1987, Annual Review of Astronomy & Astrophysics, 25:187) dissipait le mystère en décrivant la nature de ces quatre sources infrarouges: il s’agissait de trois galaxies lointaines et d’un nuage galactique qui émettait un rayonnement infrarouge. Il n’y avait donc pas de planète massive inconnue dans le système solaire. Fait étrange, ces résultats ne sont jamais mentionnés par les conspirationnistes, si ce n’est pour dire qu’il s’agirait d’un camouflage visant à désinformer les populations.

source : http://www.blogparanormal.com/2012/nibiru-planete-x-2012/

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